Sur les façades de nombreux bâtiments anciens, on observe souvent des éléments métalliques en forme de X, de S ou d’autres motifs.
Ces ancres murales, appelées croix de chaînage, clés de tirant ou croix de Saint-André, ne sont pas de simples ornements.
Elles font partie d’un système de renforcement structurel discret mais essentiel, particulièrement adapté aux constructions en pierre ou en brique dépourvues de chaînages modernes en béton armé.
Les ancres sont en effet la partie visible du tirant métallique, de formes variables sur la façade du bâtiment.
Cet article présente un aperçu de leur rôle, de leur histoire et de leurs utilités.

Clé n°41 - croix de chainage sur maison - ancres-chainage.fr

 

Sommaire

  1. Définition et appellations
  2. Rôle structurel
  3. Histoire
  4. Utilité et domaines d’application
  5. Formes et aspects techniques
  6. Conclusion

1. Définition et appellations

La croix de chaînage (ou clé de tirant, ancre de chaînage, croix de Saint-André) est l’élément apparent placé à l’extrémité d’un tirant métallique. 
Le nom générique est l’ancre murale ou ancre de façade, qui désigne sa fonction : ancrer le tirant métallique dans le mur.

Le tirant traverse habituellement le bâtiment de part en part (ou relie deux murs opposés). La croix, fixée à l’extérieur (parfois dissimulée sous un enduit), répartit les efforts de traction sur une surface plus large de la maçonnerie.

La forme en X (croix de Saint-André) est la plus caractéristique et la plus répandue, d’où l’appellation courante. 
On trouve aussi des formes en S, en Y, en barre droite ou en motifs plus décoratifs selon les régions et les époques. 
Les motifs ornementaux plus complexes, véritables ouvrages de ferronnerie d’art, ont une fonction esthétique en plus de leur fonction structurelle.
Le système complet (tirants + clés) constitue un chaînage.

2. Rôle structurel

Le rôle principal est de maintenir les murs en tension et d’empêcher leur écartement ou leur fléchissement. Dans les constructions anciennes, les murs en pierre ou en brique peuvent se déformer sous l’effet :

  • du tassement différentiel du sol (terrains argileux, etc.) ;
  • des poussées latérales (voûtes, charpentes, murs de soutènement) ;
  • du vieillissement de la maçonnerie ;
  • de charges mal réparties ou de mouvements sismiques.
  • De structures complexes comme les voutes qui génèrent des efforts latéraux.

Le tirant reprend les efforts de traction, tandis que la croix (ou clé) ancre le système dans le mur et diffuse les contraintes. 
La surface de la croix nécessaire dépends, entre autre, de la nature du mur et de sa constitution. 

Ainsi, le dispositif limite la progression des fissures (sans les refermer) et stabilise la structure. Il ne remplace pas un chaînage moderne en béton, mais constitue une solution efficace (lorsqu’il est indiqué), économique et compatible avec les bâtiments plus anciens et le patrimoine.

3. Histoire

Les techniques de chaînage existent depuis longtemps. Depuis l’antiquité, on utilisait déjà des éléments de bois noyés dans les murs. Les entraits de la charpente (élément horizontal à la base de la ferme de charpente) ont d’ailleurs mécaniquement cette fonction, en joignant les deux murs sur lesquels repose la toiture. 
A la fin du moyen age, on trouve dans les édifices en pierre des barres de fer pour contenir les poussées des voûtes et empêcher les écartements. Le fer était jusqu’alors encore une ressource rare et chère, réservée à la fabrication d’outils et d’armes.
Un travail archéologique a mis en évidence que dès la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle, les cathédrales de Bourges (autour de 1195) et de Beauvais (autour de 1225) employaient des renforts en fer pour renforcer la structure. A Reims on peut encore observer des tirants de fer fixés à des crochets.

Les tirants métalliques se répandent progressivement avec l’amélioration de la qualité du fer (à partir des XVIe-XVIIe siècles notamment).
Lors de la seconde moitié du XIXe siècle, l’industrialisation et la démocratisation des constructions en charpente métalliques contribue au développement de l’usage des tirants, en acier.
L’apparition de la visserie permettra d’assembler les tirants sans avoir recourt à une forge mobile sur chantier, technique qui était jusque là contraignante. Les tirants sont alors tendus au moyen d’écrous sur du filetage, alors qu’elles étaient assemblées par un œillet forgé dans le tirant avant la généralisation des vis et écrous. Les tirants étaient alors assemblés par crochets, ajustés à chaud sur chantier.

Dès le XVIIe siècle, on trouve beaucoup de clés de tirants qui sont d’anciennes anilles de moulins recyclées dans cette utilisation. Cette pièce centrale du mécanisme du moulin a en effet la forme parfaite pour servir de croix de chainage robuste, déjà percée en son centre pour le passage d’un tirant. A cette époque, le fer forgé coutait cher, et les moulins étaient répandus dans les campagnes.

Les clés de tirant sous leur forme traditionnelle (S, Y ou croix de Saint-André en X) apparaissent clairement et se répandent surtout à partir du XVIIIe siècle.
Elles sont visibles sur de nombreux bâtiments des centres historiques et des villages. Leur forme en X tire son nom de la croix associée au martyre de Saint André (croix décussée ou sautoir).
Au XIXe et au début du XXe siècle, ces systèmes sont très répandus pour consolider les constructions.
Pour répondre aux besoins grandissants d’ancres murales du XIXe, avec l’industrialisation se développe également l’utilisation de la fonderie pour la fabrication de clés de tirant moulées pouvant arborer des motifs de rosaces, des formes rondes ou en croix.

Avec la généralisation des chaînages en béton armé et des techniques modernes au XXe siècle, les tirants sont moins employés dans la construction de maisons neuves.
Leur usage est davantage consacré à la restauration et à la réparation du bâti ancien, bien que les tirants soient encore largement utilisés pour du renforcement sur des structures plus complexes (ponts et ouvrages d’art, ouvrages d’infrastructures nécessitant des renforcements sérieux).
Aujourd’hui, des fabricants spécialisés produisent des modèles en acier, bénéficiant d’une métallurgie de pointe pour garantir une haute qualité mécanique des tirants et des croix.

 

 

4. Utilité et domaines d’application

Les croix de chaînage et tirants restent incontournables dans plusieurs situations :

  • Restauration de bâtiments anciens en pierre ou en brique présentant des fissures, un déversement ou un bombement des façades.
  • Zones à risques : terrains argileux, inondables, zones sismiques, ou après des travaux de reprise en sous-œuvre ; là où un renforcement de la structure est indispensable pour assurer la longévité du bâtiment.
  • Renforcement ponctuel : murs de soutènement, conduits de cheminée de grande taille, voûtes, ou structures soumises à des poussées.
  • Préservation du patrimoine : solution qui respecte l’aspect traditionnel des façades.
  • Prix contenu : Les tirants et croix de chainage sont une solution économique pour renforcer le bâtiment. La fourniture du matériel ainsi que la pose restent une solution accessible, lorsqu’elle est indiquée par un professionnel.

Leur présence n’est pas nécessairement le signe d’un danger actuel : elle indique souvent qu’une consolidation a déjà été réalisée avec succès. Lorsque c’est indiqué et correctement opéré, l’utilisation des tirants prolonge efficacement la durée de vie de l’édifice.

5. Formes et aspects techniques

Les formes les plus courantes sont :

  • la croix de Saint-André (X) ; Cette forme permet de répartir efficacement l’effort sur la surface, le plus uniformément possible sur plusieurs couches de maçonnerie lorsque la croix est orientée comme un X.
  • la clé en S (parfois double) ;
  • les barres droites ou formes en Y.
  • Certaines formes sont contraintes par l’espace disponible selon la position de la clé de tirant (sous un toit, proche des bords du mur) ; formes en T, en K, en IC.
  • Parfois des lettres ou des chiffres forgées en acier, signifiant les initiales des propriétaires par exemple, ou toute autre inspiration.
  • Des formes travaillées, en ferronnerie d’art.
  • Des rosaces, ou autre formes complexes moulées.
  • On trouve aussi des disques ronds, principalement dans les pays anglo-saxons.
  • Les formes d’anilles (pièce mécanique utilisée dans les moulins). Qu’il s’agisse d’anilles originales ( de plus en plus rares) de récupération, ou de « fausses anilles », fabriquées par un ferronnier dans le but d’être utilisées comme ancres de façades, avec l’esthétique des anilles d’autrefois).

Les croix sont généralement en acier (épaisseur variable selon les efforts à reprendre), percées d’un trou central pour le passage du tirant (souvent fileté aux extrémités pour permettre la tension).
Les croix d’autrefois étaient assemblées avec le tirant par une boucle (œillet) forgée dans le tirant. D’autres modèles présentaient un trou dans lequel passait le tirant, possédant lui-même un œillet au bout qui était goupillé par un coin métallique permettant d’ajuster légèrement la tension.

Le tirant lui-même mesure la longueur nécessaire entre les murs sur lesquels il opère. Le tirant offre une résistance à la rupture de plusieurs tonnes.

L’installation nécessite un diagnostic structurel préalable, le perçage des murs, la mise en place et la tension progressive du système.
Certains modèles s’inspirent de motifs patrimoniaux locaux et combinent fonction structurelle et valeur décorative.

Croix de saint andré sur mur de façade

6. Conclusion

La croix de chaînage (clé de tirant / croix de Saint-André) illustre parfaitement l’ingéniosité des constructeurs d’autrefois : un dispositif efficace pour assurer la cohésion des murs. Parfois simple et discrète, parfois travaillée et participant à la superbe de la façade, l’ancre murale est un élément important pour assurer la longévité des édifices.

Aujourd’hui encore, elle joue un rôle important dans la conservation du bâti ancien, en alliant solidité et respect de l’esthétique traditionnelle. Tout en restant accessible économiquement, que ce soit sur le coût de fourniture du matériel, ou sur le coût de la pose.

Observer ces croix sur une façade, c’est lire une partie de l’histoire du bâtiment et de la réponse technique apportée aux défis de la maçonnerie. Mais aussi pour certaines, à l’esthétique recherchée pour allier renforcement et décoration de façade.

Consultez nos tarifs pour les croix et tirants de chainage :

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